Réutilisation des eaux usées pour l’alimentation en eau potable : la Vendée innove !

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Face au changement climatique, l’eau devient une ressource stratégique. Avec son programme JOURDAIN de réutilisation des eaux usées traitées, la Vendée a un temps d’avance !

La Vendée, laboratoire européen avec le programme Jourdain

En France, 70% de l’eau potable est produite à partir d’eau souterraine. En Vendée, au contraire, 94% de l’eau potable est produite en captant de l’eau de surface dans les rivières et les cours d’eau. Cette situation rend l’eau potable du département particulièrement vulnérable face aux effets du changement climatique, en subissant des périodes de fortes sécheresses. Or, dans le même temps, la demande en eau potable augmente dans le département qui connaît un fort développement démographique, économique et touristique.

Si les efforts actuels des Vendéens pour préserver les ressources en eau se poursuivent, ils ne suffiront pas à éviter un déficit de plus de 8 millions de m³ d’eau potable en année sèche d’ici 2050. Face à ce constat, Vendée Eau a mis en place des solutions innovantes, comme le programme Jourdain, pour y faire face.

Pionnier en France et en Europe, ce programme permet de réduire la dépendance du département aux pluies en anticipant les tensions climatiques à venir avec, à terme, 2 millions de m3 d’eau réutilisés comme nouvelle ressource pour produire de l’eau potable.

Le principe ? Réutiliser les eaux usées traitées pour alimenter une retenue destinée à la production d’eau potable. Si la réutilisation des eaux usées traitées (REUT) n’est pas, en soi, une nouveauté, le programme Jourdain va plus loin : après avoir récupéré les eaux usées traitées en sortie de station d’épuration, il innove avec la mise en place d’une “unité d’affinage” de l’eau. Ce traitement complémentaire en 5 étapes permet de garantir une qualité de l’eau optimale avant sa réinjection dans le milieu naturel, en amont d’un barrage permettant un nouveau captage vers l’usine de potabilisation.

Avec le programme Jourdain, l’eau suit un parcours innovant, rigoureusement contrôlé et entièrement sécurisé avant d’être rejetée dans le milieu naturel et devenir potable.

Les étapes du programme Jourdain, en bref :

  • Traitement des eaux usées traitées en station d’épuration des Sables d’Olonne
  • Traitement poussé à l’unité d’affinage (combinaison unique de l’ultrafiltration et de l’osmose inverse basse pression)
  • Passage dans une zone de transition végétalisée pour assurer l’oxygénation, la reminéralisation et la renaturation de l’eau
  • Rejet dans le milieu naturel à 5 km en amont du barrage du Jaunay au lieu-dit La Saint Hubert à St Julien des Landes
  • Captage et potabilisation à l’Usine de Traitement d’Eau Potable à Landevieille

Réutilisation des eaux usées traitées : de quoi parle-t-on exactement ?

La réutilisation des eaux usées traitées consiste à récupérer les eaux en sortie de station d’épuration, une fois qu’elles ont été traitées, pour leur offrir une seconde vie en les réutilisant pour différents usages : irrigation agricole, arrosage d’espaces verts, usages industriels ou urbains.

Ce type de réutilisation des eaux usées traitées se pratique déjà en France. Dans l’hexagone, actuellement, moins de 1% des eaux usées sont réutilisées. On est bien loin des 14% de l’Espagne, par exemple.

Pourtant, les eaux usées, une fois traitées, sont la clé d’une gestion plus intelligente et circulaire de la ressource en eau : un paramètre important alors que la préservation des ressources est essentielle. Par exemple, à Windhoek, en Namibie, les habitants boivent de l’eau usée recyclée depuis 1968 ! 14% de l’Espagne gestion plus intelligente et circulaire

On parle d’eaux non-conventionnelles, par opposition à l’eau potable issue des captages de surface ou des nappes d’eaux souterraines

La REUT, nouvelle priorité nationale

Face à la dégradation de la situation hydrique, la France a déployé le Plan Eau 2023. L’objectif est d’atteindre 10% de réutilisation des eaux usées traitées d’ici 2030, contre moins de 1% en 2026. Pour y parvenir, l’État vise le déploiement de 1000 projets de REUT sur le territoire.

En effet, la réutilisation est une réponse concrète aux enjeux climatiques, qui s’inscrit dans une logique de gestion circulaire de la ressource :

  • moins de prélèvements dans les nappes et les rivières
  • moins de rejets polluants dans les milieux naturels
  • sécurisation des usages économiques, notamment agricoles et industriels

Dans des territoires comme la Vendée, où les étés deviennent plus secs, c’est un mode d’adaptation au changement climatique qui évite de dépendre uniquement des précipitations.

L’agriculture en première ligne

En Vendée, l’agriculture est, avec le tourisme, un des piliers de l’économie locale, avec des activités d’élevage et de culture céréalière. Elle est aussi en première ligne face aux sécheresses répétées. Utiliser des eaux usées traitées pour l’irrigation agricole permet de sécuriser les récoltes des filières maraîchères et viticoles.

Comment passer d’une eau usée à une ressource fiable et durable ?

Le traitement des eaux usées repose sur des technologies qui garantissent une qualité des eaux adaptée aux usages envisagés. Le procédé se déroule en plusieurs étapes :

Traitement PRIMAIRE

Le dégrillage : retirer les déchets solides de grandes tailles

Le dessablage : éliminer les sables et particules minérales lourdes

Le dégraissage: Séparer les graisses, huiles et flottants

      La décantation primaire : éliminer les matières en suspension par sédimentation

Traitement SECONDAIRE

  • Le traitement biologique (exemple : boues activées, lagunage) : des bactéries viennent dégrader les matières organiques restantes pour assainir l’eau

Traitement TERTIAIRE

  • La filtration : retirer les particules fines grâce à des filtres à sable, sur membranes ou à disques.
  • La désinfection : Éliminer les pathogènes (virus et bactéries) avec plusieurs techniques (UV, chloration ou membranes)
  • La dénitrification : réduire l’azote et le phosphore avant le rejet de ces eaux usées traitées dans le milieu naturel.

La REUT intervient en traitement d’affinage, et selon l’usage final (agricole, urbain, industriel), des traitements complémentaires peuvent être ajoutés comme l’élimination des micropolluants ou une désinfection plus poussée (ultrafiltration, nanofiltration, traitement sur lit de charbon actif, ou l’osmose inverse basse pression…).

Adapter la qualité à chaque usage

À savoir, la REUT ne produit pas forcément de l’eau potable, mais une eau dont la qualité est adaptée en fonction de l’usage. Par exemple, pour l’irrigation agricole, les normes visent à protéger les cultures et les sols, alors que pour l’arrosage d’espaces verts, elles garantissent l’absence de risque sanitaire pour le public. Pour les usages industriels, elles sont calibrées sur des besoins techniques.

Des règles plus souples, sans rogner sur la qualité

Le cadre réglementaire a évolué en 2023, afin de lever les freins administratifs et à accélérer les projets (décret du 29 août 2023, arrêté du 14 décembre 2023, arrêté du 18 décembre 2023, puis deux arrêtés du 21 et 28 décembre 2023 relatifs aux usages et conditions d’utilisation des eaux de pluie et eaux usées traitées). Ces textes apportent un cadre sur l’évaluation des risques, les exigences de qualité des eaux selon les usages, les protocoles de surveillance et les conditions sanitaires.

La France s’inscrit également dans une dynamique européenne avec le règlement (UE) 2020/741, qui encadre la réutilisation des eaux pour l’agriculture et vise à garantir un haut niveau de sécurité sanitaire dans tous les États membres.

Quels sont les usages concrets de la réutilisation des eaux usées traitées aujourd’hui ?

La réutilisation des eaux usées traitées couvre déjà un large éventail d’applications.

En agriculture, l’eau est une ressource stratégique pour l’irrigation des cultures (maraîchage, vignoble, verger…). Dans le sud de la France, certaines communes comme Argelès-sur-mer utilisent déjà la REUT pour sécuriser les productions agricoles.

En ville, ces eaux sont utilisées pour le nettoyage des voiries, l’hydrocurage des réseaux d’assainissement, l’arrosage d’espaces verts ou encore la lutte contre les incendies. Dans le secteur industriel, l’optimisation des ressources est une solution économique et durable pour les entreprises. Ces eaux sont utilisées par exemple pour le refroidissement des installations, le lavage de matériaux, les process industriels. Tous ces usages permettent de réserver l’eau potable aux besoins essentiels.

La REUT change le rapport à l’eau, une révolution silencieuse mais essentielle

Réutiliser les eaux usées, c’est sortir du modèle du “tout-à-l’égout” : l’eau usée devient une ressource. Historiquement, le système français repose sur une approche linéaire (prélever → consommer → traiter → rejeter), tandis que la REUT introduit une logique circulaire : prélever → consommer → traiter → réutiliser.

La réutilisation des eaux usées traitées n’est plus une solution marginale. Elle devient un levier central pour sécuriser la ressource en eau, soutenir l’économie locale et préserver les écosystèmes. Une initiative comme le programme Jourdain montre qu’il est possible de concilier innovation, environnement et développement territorial.
Alors, prêts pour la révolution de l’eau non-conventionnelle ?